Les Sentinelles du Climat

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Les Sentinelles du Climat

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La communauté scientifique admet qu’une sixième extinction de masse est en cours. Le changement climatique est une cause anthropique en devenir du déclin de la biodiversité. Par leur rapidité et leur niveau, les évolutions climatiques pourront devenir directement l’une des pressions principales. Les projections du changement climatique indiquent que des espèces végétales et animales seront sujettes à un risque accru d’extinction. Cependant, les réponses adaptatives intrinsèques de la biodiversité restent encore largement peu suivies, méconnues. Les valeurs des seuils de survie des espèces, les profils de biodiversité de référence restent des données à acquérir. L’expression du manque de connaissance des conséquences de la pression de l’évolution du climat sur l’état de la biodiversité se retrouve mentionnée dans la littérature examinée. Elle conduit à la problématique de ce rapport « Comment évaluer, prédire la réponse de la biodiversité face au changement climatique ? ». Pour aborder ce sujet, la démarche propose des indicateurs appelés sentinelles du climat. L’hypothèse conduit alors à ce que les effets du changement climatique sur la biodiversité peuvent être étudiés à partir d’espèces ou groupes d’espèces listés dans ce texte. Ils sont choisis comme étant parmi les plus sensibles au changement climatique et ayant des capacités de déplacements réduites et d’évolutions lentes, pour assurer un suivi au niveau d’une région.

Pour identifier les groupes d’espèces sentinelles, l’analyse de l’état de l’art des connaissances internationales est basée sur les articles scientifiques. La caractérisation des effets du changement climatique sur la biodiversité terrestre est intégrée dans un concept d’écologie. Trois réponses universelles sur ces espèces végétales et animales sont alors reconnues et correspondent aux impacts du changement climatique: changements d’aire de répartition (migration ou extinction locale des populations), physiologie et phénologie. L’analyse bibliographique identifie les groupes d’espèces sensibles : végétaux, invertébrés (lépidoptères, odonates, hyménoptères-bourdons), amphibiens, reptiles (lézards), petits mammifères (rongeurs, Marmotte des Alpes).

Le changement climatique est variable dans l’espace et les espèces ont des sensibilités différentes en fonction des zones géographiques. La région Nouvelle Aquitaine est un laboratoire d’étude qui offre une sensibilité à l’évolution du climat et une variété d’écosystèmes naturels. A partir du territoire, 18 indicateurs du changement climatique dans différents écosystèmes (dunaire, sec, humide, montagnard, forestier) ont été développés. L’évolution des cortèges floristiques de ces milieux sera suivie. Au sein de ces écosystèmes, les espèces animales suivantes feront l’objet d’études : insectes (papillons, libellules, bourdons), amphibiens (Grenouille des Pyrénées, Rainette ibérique), reptiles (Lézard de Bonnal, Lézard ocellé, Lézard vivipare), petits mammifères (Marmotte des Alpes, Pachyure étrusque, Souris à queue courte).

Ces indicateurs, les efforts de suivi des écosystèmes sont la base du programme d’étude « les sentinelles du climat » pour le suivi à long-terme des effets du changement climatique sur la biodiversité à l’échelle d’une région la Nouvelle Aquitaine. L’originalité intrinsèque de ce programme réside dans le suivi multi-écosystèmes, multi-espèces dans le temps et à l’échelle de la région. En conséquence, il relie différentes disciplines scientifiques d’études et il facilite l’analyse et la circulation multi-publics des connaissances acquises. Cette recherche action est menée par Cistude Nature, soutenue par le Comité AcclimaTerra, accompagnée de nombreux partenaires (Conservatoire Botanique National Sud-Atlantique, Université de Pau & Pays de l’Adour, Université de Bordeaux Montaigne, Conservatoire d’Espaces Naturels d’Aquitaine). A notre connaissance, il n’existe pas actuellement d’équivalent en France de programme sur le suivi du changement climatique et de la biodiversité rassemblant des compétences, des acteurs et des chercheurs de plusieurs disciplines dans une région. L’échelle d’étude met en cohérence les acteurs du territoire. Les méthodes et modèles développés dans ce programme pourraient être une référence et généralisés au niveau national. L’objectif de mise en œuvre pratique avec une méthode dite « DPSIR » est d’établir une réponse de protection de la biodiversité plus efficace en définissant mieux les « D-« forces motrices, les « P-Pressions », les « S-états », les « I-Impacts », les « R-Réponses » avec une attention particulière à la relation entre l’Homme (public, exploitant, collectivité) et le milieu.

L’ensemble des données, des informations ainsi déterminées et agrégées conduit à des caractérisations couplées, pressions, états et impacts. Cela alimente le transfert d’informations vers les acteurs de forces motrices (industriels, exploitants de ressources, politiques, enseignants,…) qui sont les sources de propositions pour mettre en œuvre une gestion, pour appliquer des éléments de réponses dans des politiques environnementales volontaires et avec l’acceptation du public.